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À quelle heure venir, la seule question qui compte
Rien ne se réserve, rien ne se paie : tout se joue sur l’heure. Et l’écart entre une visite réussie et une déception tient à deux heures de décalage.
Avant 8 heures du matin, la place est quasiment vide et la lumière frappe la façade de plein fouet. C’est le seul créneau où l’on peut descendre les marches sans se frayer un passage.
Après 23 heures, la fontaine est illuminée et la foule se réduit nettement, sans disparaître. L’ambiance est différente, le marbre prend une teinte chaude, et le bruit de l’eau redevient audible.
Entre 10 h et 20 h, la place est saturée. Des agents municipaux y régulent la circulation en été, et l’accès à la balustrade se fait par vagues.
Le rite de la pièce, et où va l’argent
La règle veut qu’on tourne le dos à la fontaine et qu’on lance la pièce de la main droite par-dessus l’épaule gauche. Une pièce assure le retour à Rome, deux annoncent une rencontre, trois un mariage.
Le rite s’est répandu après le film Three Coins in the Fountain, sorti en 1954, plus que par une tradition ancienne.
L’argent est réel : environ un million et demi d’euros par an sont retirés du bassin. La ville les reverse à la Caritas, qui finance des soupes populaires et des aides d’urgence à Rome.
Le bassin est nettoyé et vidé régulièrement, les pièces aspirées puis triées. Y puiser est interdit et sanctionné.
Ce qu’on regarde sans le voir
La figure centrale n’est pas Neptune, contrairement à ce qu’on lit partout, mais Océan, debout sur un char en forme de coquille tiré par deux chevaux marins.
Les deux chevaux s’opposent délibérément : l’un est cabré et nerveux, l’autre calme et docile. Ils figurent les deux humeurs de la mer, et c’est le détail que les guides rapides omettent.
La fontaine est adossée à la façade du palais Poli, ce qui explique sa position étrange, coincée dans une place trop petite. Elle n’a pas été conçue pour être vue de loin.
L’eau provient de l’Aqua Virgo, un aqueduc mis en service en 19 avant J.-C. et toujours en fonction. C’est la même eau qui alimente la fontaine de la place d’Espagne.
Combien de temps, et avec quoi la combiner
Vingt minutes suffisent, trente si vous voulez descendre les marches et faire le tour du bassin.
La fontaine se trouve au centre d’un triangle qui se parcourt à pied en une matinée : le Panthéon à dix minutes, la place d’Espagne à dix également, la place Navone à quinze.
L’ordre qui fonctionne le mieux commence par Trevi à l’ouverture du jour, puis le Panthéon, puis Navone, en terminant par un déjeuner dans le quartier.
Notre guide pour visiter Rome détaille cet itinéraire et les réservations à prendre pour les monuments payants.
Les pièges du quartier
Les glaciers qui entourent la place pratiquent des tarifs de situation et vendent de la glace industrielle gonflée, reconnaissable à ses couleurs vives et à ses montagnes dans les bacs. Les bonnes adresses sont à trois rues de là.
Les vendeurs de roses et de bracelets sont insistants. Un objet posé dans votre main est présenté comme un cadeau puis facturé : le refus doit être net et immédiat.
Se baigner, s’asseoir sur la margelle ou manger sur les marges de la fontaine est interdit et donne lieu à des amendes appliquées.
Enfin, l’endroit concentre les pickpockets aux heures de foule. Sac devant soi, téléphone en main plutôt qu’en poche arrière.
Comment s’y rendre
Métro ligne A, station Barberini, puis sept minutes à pied en descendant. C’est l’accès le plus simple.
À pied, la fontaine est à dix minutes du Panthéon, dix de la place d’Espagne, vingt du Colisée par la via dei Fori Imperiali.
Le quartier est un lacis de ruelles étroites : on débouche sur la place sans l’avoir vue venir, et c’est l’un des plaisirs de la visite. Ne suivez pas trop scrupuleusement votre écran.


