La Serra de Tramuntana, colonne vertébrale de l’île
La Serra de Tramuntana longe toute la côte nord-ouest de Majorque sur près de 90 kilomètres, un massif calcaire classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011 pour son paysage agricole en terrasses, façonné sur des siècles par un système de murets de pierre sèche et de canaux d’irrigation encore visibles aujourd’hui. La route qui la traverse, la MA-10, compte parmi les plus belles routes panoramiques d’Espagne, avec des virages en épingle qui longent des à-pics vertigineux sur la mer : à parcourir doucement, ce n’est pas une route à faire de nuit ou pressé.
Randonner y est une évidence : le GR 221, aussi appelé "Ruta de Pedra en Sec" (route de la pierre sèche), traverse tout le massif et se découpe en tronçons d’une journée pour qui ne veut pas s’engager sur l’intégralité du parcours.
Valldemossa, le village de la chartreuse
Perché dans la Tramuntana, Valldemossa doit une partie de sa notoriété au séjour que Frédéric Chopin et George Sand y ont passé durant l’hiver 1838-1839, dans les cellules de l’ancienne chartreuse royale : un épisode que Sand a raconté sans indulgence dans Un hiver à Majorque, décrivant un accueil glacial des villageois de l’époque. La Real Cartuja se visite aujourd’hui, avec la cellule où le compositeur a travaillé sur ses Préludes. Les ruelles pavées du village, bordées de maisons de pierre et de bougainvilliers, se prêtent bien à une flânerie d’une heure ou deux; la coca de patata, une pâtisserie sucrée à base de pomme de terre typique du village, se trouve dans presque toutes les boulangeries de la rue principale.
Sóller et son train d’époque
Séparée de Palma par la Tramuntana, la vallée de Sóller cultive des orangers depuis des siècles, une production qui a longtemps fait la richesse de la ville avant le déclin du commerce agrumicole au XXe siècle. Le Ferrocarril de Sóller, un train en bois datant de 1912, relie encore Palma à Sóller en un peu plus d’une heure à travers la montagne, un trajet touristique autant qu’un vrai moyen de transport pour les habitants. Un tramway historique complète la liaison entre le centre de Sóller et le Port de Sóller, la petite crique portuaire à quelques minutes de là, agréable pour un déjeuner en terrasse face aux bateaux.
À l’extrémité nord-est de la péninsule de Formentor, la route qui mène au Cap de Formentor s’étire sur une vingtaine de kilomètres de virages serrés entre pins et falaises, avec le mirador d’Es Colomer comme premier arrêt marquant : une plateforme suspendue à plus de 200 mètres au-dessus de la mer, accessible à pied depuis un petit parking, avec une vue qui donne la mesure du relief de la côte nord. Le phare, tout au bout de la route, marque le point le plus septentrional de l’île. En haute saison, la route est fréquemment fermée à la circulation individuelle en journée et remplacée par une navette : mieux vaut vérifier les horaires en vigueur avant de partir, ou viser tôt le matin pour éviter la contrainte.
Les grottes du Drach, un lac souterrain à Porto Cristo
Sur la côte est, près de Porto Cristo, les Cuevas del Drach (grottes du Drach) forment un réseau de galeries souterraines découvertes et cartographiées à la fin du XIXe siècle par le spéléologue français Édouard-Alfred Martel, qui a donné son nom au lac souterrain qui les traverse : l’un des plus grands lacs souterrains d’Europe. La visite, organisée en groupes guidés, se termine par un court concert de musique classique joué sur des barques éclairées glissant sur le lac, un moment théâtral qui étonne autant qu’il divise, selon qu’on apprécie ou non le côté mis en scène de l’expérience. Réservez votre créneau en ligne en haute saison, les groupes affichent complet plusieurs heures à l’avance en plein été.
Alcúdia, la ville fortifiée du nord
Dans le nord de l’île, Alcúdia conserve l’une des rares enceintes fortifiées encore intactes de Majorque, héritée d’une fondation médiévale bâtie sur les ruines de la cité romaine de Pollentia, dont on visite encore aujourd’hui les vestiges (théâtre, forum) à la sortie de la vieille ville. Le marché du mardi et du dimanche, installé dans les ruelles du centre historique, reste l’un des plus réputés de l’île pour les produits locaux. La baie d’Alcúdia, juste en contrebas, aligne plusieurs kilomètres de plage de sable fin, plus familiale que les zones balnéaires du sud de l’île.
Ce qu’on mange à Majorque
La cuisine majorquine dépasse largement la sangria et la paella qu’on associe trop vite à toute l’Espagne. La sobrassada, une charcuterie tartinable à base de porc et de paprika, se retrouve sur presque toutes les tables de l’île, souvent servie tiède sur du pain grillé avec un filet de miel. L’ensaimada, une pâtisserie spiralée légère à la graisse de porc saupoudrée de sucre glace, se mange traditionnellement au petit-déjeuner, mais les versions fourrées (crème, cabello de ángel) fonctionnent tout aussi bien en dessert. Le tumbet, un plat de légumes d’été (aubergine, poivron, pomme de terre) mijotés à l’huile d’olive avec une sauce tomate, accompagne souvent un poisson grillé en été.
Côté vin, la région de Binissalem, dans l’intérieur de l’île, produit des rouges à base de cépage mantonegro peu connus hors d’Espagne mais qui gagnent à être découverts sur place, notamment dans les petites bodegas ouvertes à la visite autour du village. Les marchés locaux, à Alcúdia comme dans le centre de Sóller ou de Pollença, restent la meilleure façon de goûter ces produits sans passer par un restaurant touristique.
Les plus belles plages et criques de Majorque
Au-delà des grandes plages urbaines de Palma, Majorque cache des dizaines de criques accessibles seulement à pied ou en bateau, notamment sur la côte est et dans le sud sauvage près de Cala Mondragó. Notre page dédiée aux plus belles plages de Majorque détaille les criques qui valent le détour selon la région de l’île où vous logez, avec les indications d’accès pour chacune.
Que faire à Palma de Majorque ?
La capitale de l’île mérite au moins une journée à part entière : cathédrale gothique face à la mer, vieille ville aux ruelles étroites, marché couvert et scène gastronomique qui a beaucoup gagné en réputation ces dernières années. Notre guide dédié que faire à Palma détaille les incontournables de la ville, à traiter comme une étape distincte de votre road trip plutôt qu’un simple point de passage.
Itinéraire : Majorque en 5 ou 7 jours
Avec cinq jours, articulez le séjour autour de deux bases : deux ou trois nuits du côté de Palma ou de la baie d’Alcúdia pour la ville et les grandes plages, puis deux nuits du côté de Sóller ou Valldemossa pour la Tramuntana, en réservant une journée entière pour la route du Cap de Formentor. Les grottes du Drach se glissent facilement en chemin entre le nord et l’est de l’île si votre itinéraire les traverse.
Concrètement, une semaine peut se répartir ainsi : jour 1, arrivée et visite de Palma; jour 2, route vers Valldemossa puis Deià, en s’arrêtant sur les miradors de la MA-10; jour 3, Sóller et son port, avec le train d’époque en option pour l’aller ou le retour; jour 4, remontée vers le Cap de Formentor via Pollença, journée entière consacrée à la péninsule; jour 5, Alcúdia et sa baie, avec une pause à la vieille ville fortifiée; jour 6, descente vers Porto Cristo pour les grottes du Drach, puis les criques du sud-est autour de Santanyí; jour 7, retour vers Palma en passant par l’intérieur des terres, moins touristique, pour un dernier aperçu de l’île avant le départ.
Avec sept jours, ajoutez une base supplémentaire dans le sud-est, du côté de Santanyí ou Cala Mondragó, pour les criques les moins fréquentées de l’île, et une journée de randonnée sur un tronçon du GR 221 dans la Tramuntana plutôt qu’une simple traversée en voiture. C’est aussi le format qui laisse le plus de marge pour ralentir : Majorque punit les emplois du temps trop serrés, entre les routes de montagne lentes et la chaleur qui décourage les visites en plein après-midi l’été.
Où loger à Majorque ? Quelle partie de l’île choisir
Le nord (Alcúdia, Pollença) convient bien aux familles et à ceux qui cherchent de grandes plages de sable sans l’agitation nocturne du sud, avec un accès pratique à la Tramuntana et à Formentor. Le sud (Playa de Palma, Magaluf) concentre l’essentiel de la vie nocturne et des formules tout compris, à réserver à qui cherche précisément ce type de séjour plutôt qu’à éviter en le découvrant sur place. L’ouest (Sóller, Deià, Valldemossa) attire une clientèle plus habituée aux séjours haut de gamme, avec des hébergements de charme dans d’anciennes maisons de pierre, au prix d’un accès plus lent aux grandes plages. L’est (Porto Cristo, Cala Millor, Santanyí) offre le meilleur compromis entre criques préservées et infrastructures touristiques correctes, sans l’affluence du sud ni l’altitude de la Tramuntana.
Louer une voiture à Majorque
En dehors de Palma et de sa périphérie immédiate, les transports en commun de Majorque restent limités : bus peu fréquents en dehors des grands axes touristiques, et train uniquement sur les lignes Palma-Sóller et Palma-Manacor. Pour un itinéraire qui inclut la Tramuntana, Formentor et l’est de l’île, la voiture de location devient quasiment indispensable. Comptez réserver en ligne avant d’arriver plutôt que sur place, les tarifs grimpant fortement en haute saison, et prévoyez que les routes de montagne, étroites et sinueuses, demandent une conduite plus lente qu’on ne l’anticipe en regardant la carte. Garer une voiture dans le centre historique de Palma reste compliqué : mieux vaut viser un parking en périphérie si votre hébergement s’y trouve.
Majorque en famille
Les grandes plages de sable du nord et de l’est, les eaux généralement calmes de la baie d’Alcúdia, et des activités comme le train de Sóller ou les grottes du Drach fonctionnent bien avec des enfants de tous âges. Notre page Majorque en famille détaille les plages et activités les mieux adaptées, ainsi que nos conseils pour organiser un séjour avec de jeunes enfants sur l’île.
Infos pratiques pour visiter Majorque
Y aller : l’aéroport de Palma de Majorque (Son Sant Joan) est l’un des plus desservis d’Espagne depuis la France, avec des vols directs depuis de nombreuses villes en saison.
Quand partir : mai-juin et septembre offrent le meilleur compromis entre météo agréable et affluence raisonnable. Juillet-août restent très fréquentés et chers, avec des températures qui dépassent régulièrement les 30 °C sur le littoral.
Se déplacer : une voiture de location reste le moyen le plus flexible pour explorer l’île au-delà de Palma et des grandes zones balnéaires, en particulier pour la Tramuntana et le Cap de Formentor.