Le Triomphe de la Mort
La fresque, de 1446, provient du palais Sclafani, alors hôpital. Elle mesure six mètres sur onze.
La Mort y est un cavalier squelettique sur un cheval décharné, qui traverse la composition en décochant des flèches. Ses victimes tombent, et le choix est significatif : elle frappe les riches, les puissants et les prélats, pas les pauvres et les mendiants du coin gauche, qui l’appellent en vain.
C’est une œuvre politique autant que religieuse, peinte peu après des épidémies.
Elle a été déposée en 1944 après un bombardement qui a endommagé le palais Sclafani, découpée en quatre morceaux et remontée ici.
Picasso l’aurait vue en reproduction et l’on y a cherché des échos dans Guernica. L’hypothèse est discutée.
Scarpa l’a installée dans une salle où l’on peut la voir de loin depuis un balcon puis de près en descendant, ce qui change complètement la perception.
L’Annonciade d’Antonello
Petit panneau de 1476, environ quarante-cinq centimètres de côté, c’est la pièce la plus célèbre du musée.
La Vierge est seule, sans ange : un buste de trois quarts, voile bleu, un livre ouvert devant elle, une main levée dans un geste suspendu entre la surprise et l’acceptation.
Le fond est noir, sans décor ni architecture. Tout tient dans le visage et dans la main.
Antonello da Messina avait assimilé la technique flamande à l’huile, rare en Italie à cette date, ce qui explique la densité des noirs et la précision des transitions.
Le panneau est présenté seul, sur un chevalet de Scarpa, dans une salle sombre. C’est le dispositif exact qu’il fallait.
Le reste et le bâtiment
Le buste d’Éléonore d’Aragon, de Francesco Laurana, marbre de 1471, est l’autre chef-d’œuvre : un visage lisse, presque abstrait, aux paupières baissées.
La collection comprend des sculptures médiévales siciliennes, des majoliques, des retables et de la peinture du XIIᵉ au XVIIIᵉ siècle.
Le palais lui-même, de 1490, est gothique catalan : cour à arcades, escalier extérieur, fenêtres géminées.
L’intervention de Carlo Scarpa, dans les années 1950, est étudiée comme celle de Castelvecchio à Vérone : socles décentrés, cheminements calculés, matériaux bruts assumés.
Le musée est dans la Kalsa, à dix minutes des Quattro Canti. Notre guide pour visiter Palerme relie le quartier.

